Dès l’entrée, le regard est happé par une immense perspective. Une longue allée de jardin à la française descend entre bassins, parterres et palmiers dans une symétrie spectaculaire. Tout en haut, sur les hauteurs du Hamma, le Monument des Martyrs domine le paysage.

Puis il suffit de quitter l’axe central pour changer de monde. Dans les jardins anglais, les lignes droites disparaissent. Les chemins serpentent, les feuillages filtrent la lumière, les racines descendent des branches et les ficus prennent des proportions démesurées. Par endroits, on oublie complètement Alger. Ce n’est plus un jardin : c’est une jungle. On pourrait presque entendre le fameux cri de Tarzan.

Une jungle de cinéma

Et cette fois, l’image n’est pas gratuite. En 1932, le Jardin d’Essai sert de décor aux premières séquences de Tarzan, l’homme singe, de W. S. Van Dyke, avec Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan. Le grand Ficus retusa associé au tournage est toujours là aujourd’hui, avec ses racines aériennes et ses branches qui semblent avoir été dessinées pour le cinéma.

Le Jardin d’Essai, d’un monde à l’autreVidéo : l’auteur · 42 s
Le grand Ficus retusa associé au tournage de Tarzan au Jardin d’Essai
Le Ficus retusa associé au tournage de Tarzanl’auteur
Johnny Weissmuller portant Maureen O’Sullivan dans Tarzan, l’homme singe, en 1932
Tarzan, l’homme singe (1932)Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan · MGM

Un jardin, plusieurs mémoires

Créé en 1832 comme jardin d’acclimatation, le Hamma a accueilli des espèces venues de plusieurs continents avant de devenir l’un des lieux les plus singuliers d’Alger. Ici, la botanique se mêle à l’histoire, au cinéma et à la sculpture. Au détour d’une allée apparaissent ainsi les danseuses Ouled Naïl, figées dans la pierre au milieu de la végétation. Elles ajoutent au Jardin une autre strate de mémoire, presque inattendue dans ce décor tropical.

La sculpture des danseuses Ouled Naïl au Jardin d’Essai
Les danseuses Ouled Naïl dans le Jardin d’Essail’auteur

Le Jardin possède aussi un parc zoologique historique, en cours de réaménagement. Et malgré tout ce qu’il offre, l’entrée reste symbolique : quelques centaines de dinars suffisent pour passer de la grande perspective classique à la jungle, de Tarzan aux Ouled Naïl, en plein cœur d’Alger. Difficile de trouver meilleur endroit pour se perdre.